—Est-ce que le baron les aurait mises si bas que cela! Voici la fillette qui est marchande de plaisirs!

—Mais du tout, fis-je, sa fillette est avec elle.

À quelques pas de la baronne, la petite Jeanne jouait en effet avec d'autres enfants. Elle était très bien mise, quoique le costume de la mère annonçât déjà quelque gêne,—et jolie! mais jolie à croquer! Le regard du patron suivit mon indication, tandis que le mien cherchait ce qui avait pu causer son erreur. Nous nous écriâmes en même temps:

—Elles sont deux!

Le patron venait de découvrir la petite Jeanne, sautant à la corde comme une fée, et moi, mes yeux étaient tombés sur une petite marchande de plaisirs, coquettement habillée à la cauchoise et portant avec une gracieuse crânerie sa corbeille enrubannée. La petite marchande de plaisirs et Jeanne se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Louaisot s'arrêta et mit la main à son gousset. La petite marchande s'approcha aussitôt. Louaisot prit dans sa corbeille une poignée de plaisirs et lui dit:

—Comment que ça va, Fanchette?

L'enfant le regarda en riant:

—C'est donc que vous êtes aussi de là-bas par chais nous? demanda-t-elle avec le pur accent de la campagne de Dieppe.

Louaisot voulut savoir où elle demeurait et si quelqu'un lui servait de père ou de mère, mais Fanchette prit son argent et alla à d'autres pratiques en chantant.

—Voilà le plaisir, Mesdames, voilà le plaisir!