Depuis deux semaines environ, les bulletins de Louette constataient que la santé de M. de Chambray déclinait.
Selon Louette, le médecin augurait très mal de la maladie, dont il ne désignait point clairement la nature.
Moi qui n'étais ni médecin, ni présent sur les lieux, j'aurais pu aider le médecin, je connaissais la maladie de M. le marquis. M. le marquis avait tout uniment changé une vie tranquille et un peu végétative contre une existence pleine d'humiliations, de désappointements, et de douleurs.
La maladie de M. le marquis s'appelait le chagrin. Louaisot, en lui révélant le funeste secret d'Olympe, l'avait frappé au cœur. Et cette blessure, la froideur d'Olympe l'avait envenimée au lieu de la guérir.
M. le marquis aimait sa femme à l'adoration, mais il la haïssait à la folie.
On meurt de cela.
Personne ne me demandant mon avis, je le gardai pour moi.
Un dimanche du mois de novembre au matin, l'employé du télégraphe apporta la dépêche suivante:
«Marquis plus mal a mandé Pouleux. Testament dicté. Madame ne veut s'occuper de rien. Arrivez. Signé: Louette.»
Bien entendu, le patron ne me communiquait pas ses dépêches, mais je les lisais tout de même.