La vieille mère Louaisot était maintenant une manière de grosse momie lourde et impotente, mais elle buvait toujours du cidre avec plaisir. Elle avait repris ses habits du temps de Louaisot l'ancien: un costume qui ressemblait beaucoup à celui d'une paysanne.

Elle fut contente de voir son fils qui mangea un morceau sous le pouce avec elle à la cuisine sans préjudice du plantureux souper qu'il commanda pour neuf heures du soir. Louaisot prit sur ses genoux le petit Lucien, qui était un charmant démon. Il lui chanta des chansons et le fit aller au pas, au trot, au galop sur sa cuisse. Avant d'entrer, il avait ordonné qu'on mît le cheval à la carriole. Quand on vint le prévenir que c'était fait, la bonne femme demanda:

—Où vas-tu donc si tard, garçon?

—Faire une promenade au gamin, répondit Louaisot.

Le petit Lucien se mit à danser de joie. La vieille mère ne questionna pas davantage. Quand je me levai pour suivre le patron, il me dit:

—Reste et repose-toi. Tu vas fatiguer plus tard.

Et il partit emportant le petit Lucien dans ses bras.

Dès qu'il fut dehors, l'idée me vint de me sauver. J'aurais bien fait. Mais ma bourse était si plate! Et puis, où aller dans ce pays? À Paris, quand on fuit, il suffit de tourner le coin de la rue pour être dans un autre monde.

À Méricourt, il fallait des lieues pour être hors du voisinage.

L'hiver me fit peur.