M. Louaisot revint comme il l'avait annoncé, entre huit et neuf heures du soir.
Il n'avait plus l'enfant.
Personne ne lui demanda ce qu'il en avait fait, parce que la bonne femme seule aurait eu ce droit, et qu'elle s'était endormie, sous le manteau de la cheminée.
Quand elle s'éveilla pour souper, c'était l'heure où le petit Lucien était couché depuis longtemps d'ordinaire.
Elle le crut au lit, ou plutôt elle ne s'inquiéta point de lui. Et ce fut tout.
Louaisot mangea comme un ogre et but à proportion. C'était un vrai souper cauchois. Le patron me soignait et me caressait à ce point que je connus une fois ce que c'est que de quitter la table avec un poids sur l'estomac.
Après le repas, Louaisot me mena dans sa chambre et me donna un cigare à fumer. Je prenais une espèce d'importance.
Il était agité, inquiet.
Il avait absolument besoin de parler à quelqu'un.
—Est-ce que tu serais bien à plaindre, petiot, me dit-il, d'épouser cette bonne Stéphanie, avec mille écus de rente à vous deux? Elle bambane comme un canard en marchant, mais tu n'es pas le plus bel homme de ton siècle, dis donc! Eh bien, c'est possible que, sous trois ou quatre mois d'ici, on te flanque soixante mille francs dans le creux de la main.