J'essayai de me réjouir à cette proposition vraiment féerique, mais je ne pus pas. J'avais sur la poitrine un poids qui m'étouffait,—indépendamment même de mon premier souper de Gargantua. Le patron ne parlait point de se coucher. Qu'allions-nous faire cette nuit? Au moment où onze heures sonnèrent à la pendule, M. Louaisot se leva brusquement, rabattit son gilet, remonta son col et donna le coup de doigt à ses lunettes.
Chacun a sa façon de «retrousser ses manches».
—En avant marche! dit-il, c'est l'instant, c'est le moment! le spectacle va commencer!
Il prit dans la valise le trousseau de clefs et une petite trousse microscopique qu'il glissa dans sa poche, puis nous sortîmes.
Maman Louaisot habitait l'ancienne maison de campagne de la famille, située à quelque distance du bourg.
L'étude, occupée maintenant par Me Pouleux, était sur la place de la mairie.
Ce fut vers cet endroit que Louaisot dirigea notre course.
La nuit était très noire. Il n'y avait pas une seule fenêtre éclairée dans tout le village.
Comme nous passions au bout de l'avenue de Chambray, nous vîmes au contraire des lumières briller à la façade du château.
Louaisot pressa le pas, mais il s'arrêta tout à coup en me faisant signe de l'imiter: on courait précipitamment sur les feuilles sèches de l'avenue.