Nous connaissions les êtres de l'étude. Sur l'ordre du patron, j'atteignis le carton de la famille de Chambray qui fut ouvert et fouillé. Nous n'y trouvâmes pas l'ombre d'un testament.
—Je m'en doutais fit Louaisot. C'est trop récent. La pièce est encore dans le tiroir de Pouleux.
Une cinquième clef fit jouer la serrure du cabinet. Louaisot, que l'impatience commençait à prendre, marcha droit au bureau du titulaire et introduisit la sixième clef dans la serrure d'un tiroir. Elle entra franc,—mais elle tourna sans rien rencontrer. Un juron gros comme toute la maison jaillit de la bouche de Louaisot. Ses deux bras tombèrent.
—Gredin de sort! s'écria-t-il avec un désespoir mêlé de rage: l'imbécile a changé la serrure! Ce n'était pourtant pas la plus grande preuve de sottise que pût donner ce Pouleux.
Si un regard flamboyant pouvait incendier un meuble en noyer, je jure que le bureau de Pouleux aurait pris feu. Mais les terribles lunettes eurent beau lancer des chandelles romaines, le bureau ne fuma même pas. Et ce puissant Louaisot restait là, jurant et geignant comme un simple apprenti.
Il avait bien une petite trousse, mais nous allons voir tout à l'heure que ce n'était point un nécessaire de serrurier. Le bon La Fontaine a montré dans ses fables le rat venant au secours du lion. Je ne me vante pas d'être un homme de génie comme le patron, mais je sais regarder autour de moi.
—Sous la pomme!... dis-je.
Je désignais en même temps du doigt une pomme de marbre qui avait servi de presse-papier à la dynastie des Louaisot de père en fils.
Les yeux du patron ne firent qu'effleurer la pomme. Il se précipita sur moi, il m'enleva dans ses bras et me serra sur son cœur.
Il y avait, en effet, sous le presse-papier et dissimulée par un fragment de lettre destiné à la protéger contre la poussière, une large enveloppe scellée de trois cachets: celui du centre aux armes de Chambray, ceux des côtés au timbre de l'étude.