Ce fut alors que vit le jour la trousse qui ne contenait pas d'outils de serrurier.
C'était un nécessaire de décacheteur. Louaisot prétendait l'avoir acquis d'un employé du Cabinet Noir, ce laboratoire mystérieux situé dans le septième dessous de l'hôtel des postes, cet autre que les républiques reprochent à bon droit aux monarchies et les monarchies aux républiques avec la même juste raison.
La politique est une belle chose pour laquelle on a bien raison de se faire tuer!
Il y avait dans cette trousse tout ce qu'il fallait pour faire l'autopsie d'une enveloppe et recoudre le cadavre.
En dix minutes, Louaisot, qui était maître à ce jeu comme à tous autres, eut mis à jour et fermé de nouveau le testament dont il me montra l'enveloppe qui paraissait intacte et toute neuve.
Le testament déshéritait, dans toute la mesure du possible, Mme la marquise et son fils. Il disposait en faveur de la jeune Jeanne Péry, fille de M. le baron Péry de Marannes, qui était la nièce de M. de Chambray à la mode de Bretagne.
Il spécifiait «que les droits éventuels à la succession des Rochecotte et des Péry étaient dans sa volonté, réservés exclusivement à ses véritables héritiers, les collatéraux».
Or, les droits éventuels à la succession des Rochecotte et des Péry, c'était précisément ce que voulait M. Louaisot, puisque les Rochecotte d'abord et les Péry ensuite se trouvaient placés entre M. le marquis de Chambray et ce futur-contingent, encore enveloppé de nuages: les millions du vieux Jean Rochecotte-Bocourt, dernier vivant présomptif de la tontine.
La machine Louaisot craquait misérablement, attaquée dans ses œuvres vives.
Et pourtant Louaisot ne paraissait pas malheureux du tout; quand il eut replacé l'enveloppe sous le presse-papier, il se frotta les mains en me regardant.