Ce ne fut pas moi qui le cherchai. Vous allez voir que ce fut lui qui vint à moi, car je nichais dans une hutte encore plus misérable que la sienne, faite avec une douzaine de planches pourries et de vieux volets, dont la location me coûtait quatorze sous par semaine, payables dix centimes chaque soir.

Je succédais à un tueur de rats qui avait fait banqueroute.

Moi, dans ma hutte, je n'avais même pas d'entourage comme au cimetière, et quand mes pieds s'allongeaient en dormant, ils passaient à travers mes murs.

Ce fut là que je commençai la rédaction de mes œuvres littéraires.

J'avais vu M. Louaisot venir plusieurs fois dans le taudis du vieux Jean qui m'inspirait une certaine envie par le confortable dont il jouissait. On lui avait installé un poêle de fonte et il faisait sa soupe en plein air, vêtu d'un manteau de chasseur d'Afrique qui m'aurait été comme un gant.

Avec ce même petit manteau gris d'ardoise, dont les déchirures étaient très bien recousues de fil blanc, il allait, le matin, chercher son sou de lait dans la rue du Rocher sous une porte cochère. Pour tout dire enfin, il prenait son café le soir avec une larme d'eau-de-vie.

Auprès de moi, c'était un gros bourgeois.

On pense si je guettais M. Louaisot! Je l'avais reconnu dès sa première visite. Mais on devine en même temps quelles précautions je prenais pour n'être point vu de lui.

En vérité, ce n'était pas difficile. Les pentes des Montagnes Rocheuses ne peuvent pas être plus sauvages ni plus accidentées que ne l'étaient les abords de mon domaine.

C'étaient partout des décombres, d'immenses tas de plâtras, des steppes de cette grande vilaine herbe bleuâtre qui croit sans culture, dans tous les terrains vagues de Paris.