—Ce mur qui est là devant nous est-il trop haut pour que vous puissiez le franchir?
La Couronne eut un sourire dédaigneux.
—Les murailles de l'hôpital ont le double de hauteur, répliqua-t-elle. Je franchirais le rempart d'une forteresse, s'il se dressait entre moi et l'agent du démon!
Louaisot lui serra la main doucement.
—Vous êtes la vengeresse prédestinée! prononça-t-il tout bas avec emphase.
Puis il ajouta, revenant à sa nature:
—Mais il faut soutenir le corps pour que l'âme garde toutes ses forces. Nous allons entrer là-dedans et commander un léger repas.
—Mangez, si vous avez faim, dit-elle. Pour moi, c'est jour de jeune.
Louaisot revint à la grande route et entra au restaurant par la grille. François Riant vint lui-même à sa rencontre, et Louaisot demanda le cabinet qui voyait la campagne entre les deux tilleuls. On le lui donna. Il mangea comme un loup affamé, tout en débitant de nuageuses tirades. La Couronne ne voulut rien accepter, pas même une bouchée de pain. Vers la fin du déjeuner, Louaisot lui montra celui des deux tilleuls qui était planté à gauche de la croisée. Ses branches pendaient sur la terrasse.
—Est-ce que vous monteriez bien par là, s'il le fallait? demanda-t-il.