Que Dieu fasse paix à sa pauvre âme d'oiseau! Je lui dois mon bonheur puisqu'il est le père de Jeanne.

Il mourut un peu trop tard, perdu de dettes, et ne se doutant même pas qu'il avait mangé sa considération en même temps que ses rentes.

J'allai à l'enterrement, où j'étais à peu près seul.

J'y vis pourtant deux dames voilées de noir et dont je ne distinguai point les visages.

Toutes deux avaient l'air jeune: ni l'une ni l'autre ne pouvait être la baronne à qui je reprochai cette absence en moi-même.

D'ailleurs, leur mise était si modeste, pour ne pas dire si pauvre, que je les pris pour les dernières hôtesses de ce brave baron, qui n'enrichissait jamais les maisons où il logeait.

Je venais d'être nommé substitut du procureur impérial. Quelques mois aprés, il m'arriva de conclure à l'audience contre Mme veuve Péry de Marannes, qui avait frappé opposition sur un reliquat de rentes dont les arrérages étaient échus postérieurement à la mort du baron.

Les créanciers du défunt réclamaient naturellement la somme.

Mon avis exprimé était de droit strict. Je ne pouvais conclure autrement, mais j'éprouvai une impression très pénible au cours de la plaidoirie, en apprenant que la pauvre vieille veuve—elle n'avait pu rajeunir depuis le temps où le baron la chargeait d'années—était ruinée complètement. Le soir du jugement, Mme la marquise Olympe de Chambray, pour qui j'avais gardé une respectueuse admiration, après son mariage, me dit:

—Lucien, vous vous êtes fait aujourd'hui une ennemie mortelle d'une très jolie femme, ma cousine à la mode de Bretagne, Mme la baronne Péry de Marannes.