—Une jolie femme! m'écriai-je. Il y a cinquante ans, je ne dis pas!
Olympe se mit à rire.
—Le fait est qu'elle a une grande fille, répondit-elle. Mais il y a cinquante ans, et même quarante, je peux bien vous garantir que ma cousine n'était pas née.
Dans ces paroles, une chose me frappa plus encore que l'âge de la prétendue vieille, ce fut la mention d'une «grande fille».
Le baron ne m'avait jamais soufflé mot de sa fille. J'avais donc aidé cet homme à dépouiller deux êtres sans défense!
Deux femmes, appartenant précisément à cette catégorie que la profession d'avocat tient à si juste honneur de défendre envers et contre tous: héritière en ceci, le barreau s'en vante assez haut, et je suppose qu'il en a le droit, héritière, dis-je, des générosités mortes de la chevalerie! Moi, avocat, j'avais fait tort à la veuve et à l'orpheline. J'avais le cœur serré. Olympe qui ne remarquait point ma tristesse soudaine, poursuivit:
—Du reste, vous n'êtes pas plus exposé que jadis à les rencontrer dans le monde. Elles n'ont plus rien absolument rien, et vivent à la campagne, au fond d'un trou. La famille se cotise et leur fait une petite pension, à laquelle M. le marquis a la bonté de contribuer pour ma part. Je crois, en outre, qu'elles travaillent. Nous cousinons peu, très peu, Mme Péry de Marannes a gâté sa vie, et c'est à peine si je connais la petite.
Dans toute autre circonstance ces paroles m'eussent donné une piètre opinion de la baronne; car Mme la marquise Olympe de Chambray était pour moi une manière d'oracle. J'étais habitué, comme tout le monde et même un peu plus, à voir en elle une personne supérieure et tout à fait accomplie.
Le pays de Caux appartenait à Olympe; dans toute la rigueur du terme, elle y faisait la pluie et le beau temps. Sa fortune ne nuisait pas à son crédit, mais nous étions surtout les vassaux de son élégance toute parisienne, de son esprit, de sa beauté, de sa grâce.
Mais ce soir, ma contribution aidant, le froid dédain exprimé par Olympe ajouta au sentiment d'intérêt qui naissait en moi....