—De tout mon cœur, répondit-il, vous n'allez pas vous fâcher! Je suis vraiment curieux de voir le roman que vous avez trouvé dans cette aventure si pleine de palpitant imprévu!
Je ne me fâchai pas, ou du moins je ne le laissais pas voir.
Au contraire, je pris la parole d'un air reconnaissant, et je la gardai juste trente minutes.
C'était suffisant pour résumer, vis-à-vis d'un homme qui avait étudié la question, toute la substance de la contre enquête contenue dans mes notes.
Je déclare que je parlai clairement à M. Cressonneau—et qu'il me comprit.
—J'admire, me dit-il quand j'eus achevé, quel avocat vous auriez fait. C'est un épisome admirable. Il y avait là de quoi plaider quatre heures durant sans éternuer ni cracher.... Eh bien, cher Monsieur, je suis forcé de vous dire que je savais cela tout aussi bien que vous. Le président des assises, M. Ferrand, connaît personnellement le docteur ès-crime dont vous parlez, et qui ferait fureur dans un livre comme Les Habits Noirs. Il le regarde comme un déterminé filou. Mais de là à perdre pied au bord d'une fable aussi invraisemblable, il y a loin, permettez-moi de vous le dire. Nous tenons les hommes pour ce qu'ils valent, mais nous prenons les faits pour ce qu'ils sont. Vous m'avez intéressé, mon cher Monsieur, mais vous ne m'avez pas converti.
Je rassemblai mes notes.
Pendant que je me livrais à ce travail, Me Cressonneau poursuivait:
—Vous n'êtes pas content, c'est clair. J'en suis sincèrement peiné. Mais si Jeanne Péry était innocente, pourquoi s'est-elle évadée?
—Tout le monde n'est pas comme vous, M. l'avocat général, répondis-je. Il y a des gens assez peu éclairés pour croire aux erreurs judiciaires.