Je n'ai jamais vu d'homme plus enchanté de ce qu'il faisait. Soit qu'il parlât, soit qu'il agit, tout en lui avait l'air de dire: Voilà comme nous sommes dans la nouvelle école!
—Je n'avais pas du tout l'intention de vous donner une leçon, dis-je, mais je venais justement vous parler de ce qui me parait être une erreur judiciaire.
—Oh! oh! fit-il sans perdre son sourire, vous vous occupez de cela autrement qu'en fictions! De quelle cause s'agit-il?
—De l'affaire Jeanne Péry.
Il frappa dans ses mains.
—C'est vrai! s'écria-t-il, je l'avais oublié: vous êtes l'ami de ce pauvre diable de Thibaut. Quel malheur! Avoir les reins cassés à trente ans! Il avait des protections, savez-vous? Et M. le conseiller Ferrand qui va passer président de chambre au 15 août lui porte encore un véritable intérêt. Mais voyons, cher M. de Rœux comment pourriez-vous connaître cette affaire-là mieux que moi qui l'ai instruite de fond en comble!
—Voulez-vous me faire l'honneur de m'écouter un instant?
—Deux instants... dix instants... toute une journée, si vous voulez. Mais pouvez-vous supprimer les ciseaux? et faire que Jeanne Péry ne fût pas l'héritière du comte Albert de Rochecotte? Répondez!
—Sans vous prendre au mot tout à fait, répliquai-je, je vous demande au moins une demi-heure d'attention, mais d'attention sérieuse, sans commentaires ni interruption.
J'avais parlé ainsi sans élever la voix, mais de cet accent qui coupe court aux divagations les plus obstinées. Il croisa ses mains sur ses genoux, et me regarda avec beaucoup de bienveillance.