J'avais été jouée par M. Louaisot, et,—je l'ai cru longtemps,—par Mme de Chambray elle-même.
Ils avaient peur du résultat final de ce procès où la vérité pouvait jaillir du nuage même dans lequel on l'avait si savamment enveloppée.
J'ai à peine besoin de dire que j'ignorais complètement la part prise par Louaisot à l'assassinat de mon pauvre Albert.
Je n'avais rien vu dans cette nuit funeste, qui restait en moi comme le souvenir d'un épouvantable rêve.
Quant à cette autre nuit où Jeanne, que je venais d'arracher à ses geôliers, me fut enlevée sur le quai de l'Horloge, je fus plusieurs mois avant d'en comprendre le mystère.
Je savais une seule chose, c'est que j'avais été jouée par M. Louaisot, et ce fut à M. Louaisot que je m'en pris.
Mais M. Louaisot était plus fort que moi. On dit qu'un homme, luttant de ruse avec une femme, est toujours sûr d'être vaincu. Cela peut être vrai pour les autres hommes; M. Louaisot faisait exception à la règle.
Et pourtant c'est une ruse de femme qui l'a jeté mort sur la terre humide d'une cave, au moment où il allait moissonner son champ, engraissé par tant de crimes!
Le grand moyen employé vis-à-vis de moi par M. Louaisot était celui-ci: la marquise de Chambray, disait-il, avait tout fait; il n'était que son instrument ou plutôt son esclave.
Jeanne Péry était aux mains de la marquise et probablement hors de France.