La marquise avait un double intérêt à la faire disparaître.
Toute démarche qui inquiéterait la marquise aurait pour résultat de précipiter la catastrophe.
Car chez nous, en plein XIXe siècle, il y a des cas où la loi est aussi impuissante à vous protéger que si vous voyagiez dans les steppes de la Tartarie. On a beau se gendarmer contre cela: je mets n'importe qui, fût-ce le souverain sur son trône, au défi de me dire ce qu'on peut faire contre un scélérat qui pose la question ainsi:
«La personne qui vous est chère est en mon pouvoir, hors de l'atteinte de la loi; si vous appelez la loi à votre secours contre moi, je n'ai qu'un geste à faire pour supprimer la personne que vous voulez sauver.»
C'est clair, on peut passer outre, mais à quel prix?
Un beau jour, cependant, Louaisot eut peur de me voir passer outre, ou plutôt il se dit que, moi aussi, j'étais bonne à supprimer. Je le gênais.
Tout ce qui touchait à cette affaire du Point-du-Jour le gênait.
Il fit semblant de céder à mes désirs; on me conduisit enfin près de Jeanne.
Mais on m'enferma avec elle.
Jeanne n'était pas à l'étranger. Elle n'avait jamais quitté Paris, malgré les divers changes que Louaisot avait donnés à moi et à d'autres.