Cette nuit même où M. Louaisot m'avait assigné un rendez-vous à la sortie de l'opéra, je trouvai Jeanne dans la retraite étrange où nous avons vécu depuis lors ensemble.

Olympe y avait mis les meubles de son propre boudoir.

J'arrivai les yeux bandés, après une route assez longue faite hors de Paris. Je ne savais pas du tout où j'étais. Jeanne restait dans la même ignorance. À cet égard, nous ne fûmes instruites que par Olympe elle-même.

Il est temps que j'appelle ainsi familièrement par son nom, celle-là, qui est morte notre amie—notre sœur, et dont les derniers moments ont expié des fautes qui appartenaient encore plus à la fatalité qu'à son cœur.

J'ai été heureuse dans cette retraite où j'ai trouvé la caressante affection de ma sœur cadette, la noble, la vaillante tendresse de ma sœur aînée.

La mort nous menaçait, c'est vrai, mais nous nous aimions tant!

Et j'assistais à un beau spectacle: la renaissance d'une âme.

Au commencement, Louaisot regardait encore Olympe comme sa complice, non pas volontaire, assurément, mais forcée; il avait obtenu d'elle tant de choses à l'aide de son moyen, toujours le même, la menace!

La menace appropriée, choisie, la menace spéciale à chaque cas.

Ici la menace était l'enfant,—le jeune Lucien,—un splendide adolescent qui aimait Louaisot, son père, jusqu'à l'adoration.