[II]

Pourboire de Pélagie—Maison du Dr Chapart

M. Louaisot de Méricourt lut ces quatre lignes attentivement.

Il me dit en me rendant le papier:

—Il y a la conscience, Monsieur, et sans elle la profession serait ravalée indéfiniment. Je n'ai pas à vous faire subir d'interrogatoire; murons la vie privée, mais la lettre a sept semaines de date: pourquoi ce temps perdu?

Au moment où j'allais répondre, il m'arrêta par un de ces regards coupants qui modifiaient si étrangement l'expression débonnaire de sa physionomie et reprit:

—Je vous prie de vouloir bien m'excuser et surtout me comprendre. La conscience implique la minutie dans la délicatesse. C'est la profession qui demande cela. Ma question a pour but de savoir si je puis me mêler de cette histoire sans contrevenir aux lois de la délicatesse la plus exagérée. Je suis un assez drôle de corps, hein? Je me flanquerais à l'eau pour ma conscience: c'est la profession.

—Votre conscience, répondis-je, sans trop montrer l'impatience qui décidément me gagnait, n'a rien à voir en ceci et peut dormir tranquille. Quand j'ai reçu cette lettre, en Irlande, dans la campagne de Galway, elle avait déjà plus d'un mois de date: le temps de courir après moi par les chemins du Connaught, qui sont terriblement capricieux. Et il y a loin de mon entresol de la rue du Helder jusqu'aux bords du lac Corrib.

—Un pays bien frais, fit observer M. Louaisot de Méricourt que l'explication sembla satisfaire. Connu! J'ai eu occasion de pousser une petite pointe jusque dans la «verte Erin», comme dit Lamartine. Quel poète! ah! si j'avais sa lyre! J'ai suivi un banqueroutier frauduleux jusqu'au sommet du Mamturk. Jolie vue, ça m'avait essoufflé; mais mon homme fut pincé à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer: je possédais un mandat du lord chef-juge. Il y a aussi des antiquités celtiques en quantité; mais ce n'est pas un pays fortuné, par exemple, et des quantités de coqueluches.