Ici, M. Louaisot mangea une bonne bouchée de veau rôti en ébauchant à bas bruit la mélodie célèbre qui accompagne le second distique de la romance.
...Depuis que j'ai vu Sylvandre
Me regarder d'un air tendre....
Puis il me remit ma lettre en disant avec beaucoup d'aménité:
—La conscience, Monsieur, sans laquelle je ne comprendrais même pas la profession, peut se contenter de vos explications; donc j'ai l'honneur de vous remercier. Déposez trente francs et revenez demain.
Je pris congé. À la moitié de l'escalier j'entendis encore le mot conscience, enveloppé dans le cinquième vers:
Mon cœur dit à chaque instant
Peut-on vivre?...
Le lendemain, de bonne heure, j'étais au rendez-vous.
Je fus reçu par la cauchoise, qui avait déjà les joues écarlates et répandait à la ronde une bonne odeur de gloria.
Au lieu d'entrer chez M. Louaisot de Méricourt, elle ouvrit, dans l'antichambre, une porte latérale qui me montra un long bureau, où écrivaient quatre ou cinq pauvres diables. Au bout de deux minutes, tout au plus, elle revint avec un papier qu'elle tint à distance en disant:
—Savez-vous comment le patron m'appelle? sa mule. Il est drôle. Alors, il me faut mon picotin. C'est dix francs.