Didier l'avait appelée ma soeur dans son rêve, et bien souvent il lui était arrivé de comparer le sentiment qu'il gardait pour elle à la tendresse d'un frère. Et pourtant il demanda:
—Alix, dites-vous la vérité?
—Je dis toujours la vérité, répondit-elle.
Elle eut un sourire grave et poursuivit:
—Parlons d'elle, je le veux.
«C'est une chère enfant. Son regard est pur comme le regard d'un ange. Son âme est plus pure que son regard.»
—De qui parlez-vous? balbutia Didier.
—Oh! fit Mlle de Vaunoy dont la voix devint plus sévère, vous n'avez rien à vous reprocher, je le sais; mais ne niez pas, ce serait mal. Il y a une fraternité entre nous autres jeunes filles de la forêt. Je suis noble et riche, elle est paysanne et pauvre; mais, enfants, nous nous sommes rencontrées souvent dans les bruyères. Nous avons joué autrefois sous les grands chênes qui protègent Notre-Dame de Mi-Forêt; je l'avais apprivoisée, la petite sauvage! Depuis lors, tandis qu'elle restait dans sa solitude, je faisais, moi, connaissance avec le monde; tandis qu'elle courait libre sous le couvert, j'apprenais à porter le velours et la soie, à parler, à me taire, à sourire. Étrange destinée! elle, dans sa solitude, moi, au milieu des somptueuses fêtes de Rennes, nous avons subi toutes deux le même sort. Dieu la destinait à l'homme que je… que je croyais souhaiter pour mari.
—Vous ne le croyez plus, Alix?
—Un jour, il y avait deux mois que vous étiez parti, Didier, je me promenais seule dans la forêt, songeant encore aux fêtes de Mgr le comte de Toulouse, lorsque j'entendis une voix connue qui chantait sous le couvert la complainte d'Arthur de Bretagne.