—J'espère que vous ne le ferez point, mon père.
—Et si je le faisais! s'écria Vaunoy véritablement en colère.
—Monsieur, dit Alix en retenant sa voix qui voulait éclater, je vous respecte et je vous aime, mais il y a longtemps que je garde le silence vis-à-vis de M. de Béchameil, et c'est à cause de vous que je me tais…
Elle s'arrêta honteuse d'avoir été sur le point de menacer, mais Vaunoy avait compris, et sa colère était tombée comme par enchantement.
Il appela sur son visage, fait à ces brusques changements, une expression de grosse gaieté.
—Vous êtes une méchante enfant, Alix, dit-il en la baisant bruyamment au front. Vous savez que je n'ai rien à vous refuser et vous abusez de votre pouvoir, qui marche à grands pas vers la tyrannie. Ce que j'en disais était curiosité pure. Je voulais surprendre ce grand secret, mais vous m'avez vaincu, et je n'engagerai plus avec vous de combats de paroles. Je lancerai contre vous, en guise d'avant-garde, si le cas se présente, mademoiselle Olive de Vaunoy, ma digne soeur… et alors tenez-vous bien, je vous le conseille!
Alix ne se méprit point à cette gaieté soudaine. Vaunoy avait raison de le dire: malgré sa vieille expérience d'intrigant, il n'était point de force à lutter contre la hautaine droiture de sa fille. C'était de la part du maître de La Tremlays de la diplomatie prodiguée en pure perte.
—Je suis heureuse de vous entendre parler ainsi, mon père, dit seulement Alix.
—Alors, soyez clémente, et prenez un peu de compassion de ce pauvre M. de Béchameil… mais cela viendra, et il sera temps d'en parler plus tard.
Il tira sa montre.