—Ils viendraient pour la dixième partie de cette somme.
—Pour la vingtième, dit maître Alain en aparté, je donnerais mon âme au diable, moi qui suis un homme d'âge et un fidèle sujet du roi.
—Alors, que veux-tu dire? demanda Vaunoy à Lapierre.
Maître Alain tendit l'oreille, afin de s'approprier, au besoin, l'opinion de son collègue. Celui-ci, sans paraître prendre garde à l'impatience toujours croissante de Vaunoy, se dandina un instant et jeta ces paroles avec suffisance:
—Vous n'êtes pas sans avoir entendu parler des apologues de La
Fontaine, je suppose… Si vous vous fâchez, je deviens muet. Ce
La Fontaine est un poète de fort bon conseil, ce qui est rare chez
les poètes. Il me souvient d'une de ses fables…
—Saint-Dieu! interrompit Vaunoy, je donnerais dix louis pour bâtonner ce drôle!
—Donnez et bâtonnez, répondit imperturbablement Lapierre. Quant à la fable dont je parle, vous ne pouvez la juger avant de l'avoir entendue, et, ne la sachant point par coeur, je ne vous la réciterai pas.
—Mais, Saint-Dieu! détestable maraud, où veux-tu en venir?
—Je vous prie d'excuser mon peu de mémoire, poursuivit Lapierre; à défaut de texte, le conte suffira. Voilà ce que c'est: les rats tiennent conseil et cherchent un moyen de mettre à mort un chat fort redoutable…
—Je te comprends! s'écria violemment Vaunoy qui se leva et parcourut la chambre à grandes enjambées.