—La vieillesse ne t'a point changé, reprit Pelo: brave coeur et cervelle bornée. Que veux-tu que je fasse de ton secret? Et si les cent mille livres m'eussent tenté, seraient-elles encore au creux du chêne?

—C'est vrai, dit pour la troisième fois le pauvre Jude; mais je ne sais pas qui vous êtes…

—Peut-être ne le sauras-tu jamais. Que t'importe? Je t'ai laissé voir que je suis l'ami de Treml, et Treml vivant ou mort, a-t-il trop d'amis pour que deux d'entre eux ne daignent point s'expliquer avant de s'entr'égorger, lorsque la Providence les rassemble?

—Je suis à votre merci, murmura Jude. Puisse Dieu permettre que vous soyez en effet un ami de Treml.

Pelo Rouan ôta son genou et Jude se releva.

—Ramasse ton épée, dit le charbonnier; j'ai confiance en toi, bien que tu te sois fait le valet d'un Français.

—Un brave jeune homme!

—Un ennemi de la Bretagne! Mais il ne s'agit point de lui.
Revenons à Treml.

Jude remit son épée dans le fourreau, et tous deux s'assirent de nouveau sans défiance l'un près de l'autre.

—Vous avez été généreux, dit Jude, car je vous avais rudement attaqué. Aussi, je ne vous demanderai point qui vous a rendu maître du secret de notre monsieur. Entre vos mains, il est en sûreté; je me fie à vous, comme vous à moi. Touchez là, s'il vous plaît.