—Deux heures! pensait-il avec angoisse; si cet homme vient, quel sera mon sort?
Les Loups s'étaient remis à fumer et à boire, car ces pauvres gens, naguère artisans honnêtes et laborieux, une fois jetés violemment hors de leur voie, avaient pris, à peu de chose près, tous les vices qu'amène avec soi la fainéantise soutenue par la rapine.
Vaunoy, lui, comptait les minutes. De temps en temps, la voix du vieux Toussaint, qui demandait quelques explications sur le mode d'attaque, sur le moment du coup de main, etc., interrompait sa laborieuse rêverie. Ce fut heureux pour lui, car, si on ne l'eût point distrait de sa peur, sa peur l'aurait tué.
Une heure se passa, puis une heure et demie, puis l'aiguille de la montre de Vaunoy indiqua les deux heures révolues.
Vaunoy ouvrit sa poitrine à une longue et vigoureuse aspiration.
Il se leva.
—Ma foi, dit Toussaint, Hervé de Vaunoy est dans son droit. Un honnête homme n'a que sa parole; nous avons la nôtre, et nous sommes des honnêtes gens.
—C'est clair! appuya l'assistance.
—Donc, tu peux te retirer, l'homme. Ton intérêt nous répond de ton exactitude. Demain, une heure après le coucher du soleil, nous serons au lieu désigné.
—À demain, dit Vaunoy, qui devançait ses guides vers l'entrée du souterrain.
On lui banda de nouveau les yeux. Quelques minutes après, il sautait joyeusement sur son cheval, qui l'attendait au-delà du fourré.