—Adieu! dit brusquement le vieillard. Souvenez-vous de vos promesses et priez pour moi.

Il piqua des deux. Le galop de son cheval s'étouffa bientôt sur la mousse de la forêt.

Hervé de Vaunoy, resté seul, garda pendant quelques instants son visage contristé, puis il frappa bruyamment ses mains l'une contre l'autre en éclatant de rire.

—Saint-Dieu! dit-il, on m'a donné place en un petit coin, j'avais talent et bonne volonté, tout le reste y a passé. Bon voyage, monsieur mon digne parent! soyez tranquille! nous accomplirons pour le mieux nos promesses, et vos domaines iront en bonnes mains!

Il rentra au château la tête haute et le feutre sur l'oreille. En passant près de Loup, il frappa rudement le pauvre chien du pommeau de son épée en disant:

—Ainsi traiterai-je quiconque ne pliera point devant moi. Ce jour-là, les serviteurs de Treml oublièrent de chanter les joyeux noëls à la veillée. Il y avait autour du château comme une atmosphère de malheur, et chacun pressentait un événement funeste.

M. Nicolas enfila au galop les sentiers tortueux de la forêt. Au lieu de suivre les routes tracées, il s'enfonçait comme à plaisir dans les plus épais fourrés.

À mesure qu'il avançait, l'aspect du paysage devenait plus sombre, la nature plus sauvage. De gigantesques ronces s'élançaient d'arbre en arbre comme les lianes des forêts vierges du Nouveau Monde.

Çà et là, au milieu de quelque clairière où croissaient la bruyère, l'ajonc et l'aride genêt, une misérable cabane fumait et animait le tableau d'une vie mélancolique.

Après une demi-lieue faite à franc étrier, le vieux gentilhomme fut obligé de ralentir sa course. La forêt devenait réellement impraticable. Il attacha son cheval au tronc d'un chêne près duquel paissait déjà la monture de son écuyer Jude, qui ne devait pas être loin, et se fraya un passage dans le taillis.