—À tout prendre, dit-il, je m'en suis tiré à bon marché! Ma déclaration pourra donner un nom à ce petit Treml, si M. de Béchameil et le parlement ne trouvent pas moyen de rabattre ses prétentions, ce qui est fort à espérer. Mais, en aucun cas, ce griffonnage ne peut m'enlever mon domaine. J'ai un acte de vente en bonne et due forme, j'ai des amis au parlement, et une possession de vingt années est bien quelque chose. Certes, j'aimerais mieux le capitaine mort que vivant, mais puisque le hasard le protège, qu'il vive; je m'en lave les mains et fais serment de ne lui jamais rendre un denier de son héritage.
M. de Vaunoy, tout en soutenant avec lui-même cet intéressant entretien, était arrivé à la porte du château. Il entra.
Jean Blanc, lui, après le départ de son prisonnier, resta quelques instants plongé dans ses réflexions; puis, avec l'aide de Yaumi, qui était de retour, il se noircit le visage et reprit son costume de charbonnier.
Cela fait, il quitta le souterrain, descendit au fond du ravin et entra dans le creux du grand chêne.
Il s'était muni d'un outil pour creuser la terre.
XXXIV
Jean Blanc
Quand Didier arriva au château de La Tremlays, après son entrevue avec Jean Blanc, Hervé de Vaunoy était absent. Le château gardait l'apparence d'une place prise d'assaut, et le jeune capitaine fut étonné d'apprendre ce qui s'était passé la nuit précédente.
Jean Blanc et Marie ne lui avaient raconté, en effet, que ce qui se rapportait immédiatement à lui; savoir, l'attaque nocturne, la mort de Jude et la façon dont lui, Didier, avait été sauvé.
Il ne savait rien du vol des cinq cent mille livres, presque rien de l'attaque des Loups.
La première personne qu'il rencontra sous le vestibule fut M. l'intendant royal. Le pauvre Béchameil avait perdu les roses éclatantes de son teint. Il était pâle, et sa physionomie abattue exprimait un profond chagrin. Ce fut lui qui raconta au capitaine les événements de la nuit.