Un intendant de l'impôt avait été installé à Rennes, et le pacte d'Union, violemment amendé, ne gardait plus ses fières stipulations en faveur des libertés de la province. Le parti breton était donc vaincu; la Bretagne se faisait France en définitive: il n'y avait plus de frontière.
Mais autre chose était de consentir une mesure en assemblée parlementaire, autre chose de faire passer cette mesure dans les moeurs d'un peuple dont l'entêtement est devenu proverbial. M. de Pontchartain, le nouvel intendant royal de l'impôt, avait l'investiture légale de ses fonctions; il lui restait à exécuter son mandat, ce qui n'était point chose facile.
Partout on accusa les États de forfaiture: on résistait partout.
Lors de la conspiration de Cellamare, ce fut en Bretagne que la duchesse du Maine réunit ses plus hardis soldats. Les Chevaliers de la Mouche à miel qui se nommaient aussi les _Frères bretons, formaient une véritable armée dont les chefs, MM. de Pontcallec, de Talhoët, de Rohan-Polduc et autres eurent la tête tranchée sous le Bouffay de Nantes, en 1718.
Ce fut un rude coup. La conspiration rentra sous terre.
Mais la ligue des Frères bretons, antérieure à la conspiration, et qui, en réalité, n'avait plus d'objet politique, continua d'exister et d'agir quand la conspiration fut morte.
C'est le propre des assemblées secrètes de vivre sous terre. Les Frères bretons refusèrent d'abord l'impôt les armes à la main, puis ils cédèrent à leur tour, mais, tout en cédant, ils vécurent.
Vingt ans après l'époque où se passèrent les événements que nous allons raconter, et qui forment le prologue de notre récit, nous retrouverons leurs traces. Le mystère est dans la nature de l'homme. Les sociétés secrètes meurent cent fois.
En 1719, presque tous les gentilshommes s'étaient retirés de l'association, mais elle subsistait parmi le bas peuple des villes et des campagnes.
Ce qui restait de frères nobles était l'objet d'un véritable culte.