Il fait bon pour une terre être domaine de prince. Lorsque la main du maître peut ne point ménager l'or, la nature se façonne et s'embellit sans rien perdre de son agreste splendeur. Tantôt les larges allées se déroulaient en méandres capricieux et ménagés comme à plaisir, tantôt elles alignaient à perte de vue leurs doubles rangées de troncs sveltes et semblaient une immense colonnade supportant une voûte de verdure.
Entre les deux paysages, il faut le dire, l'avantage ne restait point à la Bretagne.
La forêt de Villers-Cotterets fourmille de sites admirables. En descendant les ombreux sentiers qui mènent à la vallée, on songe au paradis terrestre; lorsqu'on regagne les hauteurs, l'horizon s'étend et acquiert cette largeur qui manque presque toujours aux paysages bretons.
Et d'ailleurs la pauvre forêt de Rennes ne saurait opposer que quelques gentilhommières inconnues ou le clocher d'une église de village au royal château bâti par les Valois et à la noble abbaye de Prémontré.
Il y avait une heure que la cavalcade avait quitté l'avenue de Villers-Cotterets; elle avançait lentement: les gentilshommes caracolaient aux portières des carrosses qui roulaient sans bruit sur le gazon des allées. Philippe d'Orléans causait avec Mme de Carnavalet par la portière.
Tout à coup, à un détour de la route, deux cavaliers apparurent et se postèrent au milieu du chemin, de manière à barrer le passage.
C'étaient deux hommes de haute taille et d'athlétique carrure. Leur costume, qui ne ressemblait en rien à celui de l'époque, était gris de poussière.
Le plus vieux de ces inconnus se tourna vers un paysan monté sur un bidet qui lui servait de guide et se tenait à distance respectueuse, et lui demanda tout haut:
—Lequel de ces gens est le duc d'Orléans?
Le paysan montra du doigt le prince et s'enfuit.