Cette fois, un cri faible et perceptible à peine arriva jusqu'aux oreilles de Penhoël.

—En avant! s'écria-t-il éveillé tout à coup par cette voix de la détresse.

Ses mains tâtaient le fond du chaland pour chercher une seconde perche.

—Vous pouvez bien patienter quelques minutes..., murmura le vieillard, car vous aurez toute votre vie pour regretter notre besogne de cette nuit!

—En avant!... en avant!...

Le passeur n'en travaillait ni moins ni davantage. Il allait, tantôt à droite, tantôt à gauche, se couchant sur sa perche flexible et louvoyant avec une adresse incroyable au milieu des mille courants qui se croisent sur l'étendue des marais.

Le vent portait. On entendait maintenant, distincts et fatigués, les cris des malheureux en souffrance. Penhoël se faisait un porte-voix de ses deux mains pour leur répondre.

Deux ou trois minutes encore, et le chaland touchait les branches baignées des saules.

Robert et Blaise étaient dans l'eau jusqu'aux aisselles. Ils s'accrochaient des deux mains aux troncs chancelants des deux plus grands saules, et sentaient le niveau de l'inondation monter lentement le long de leurs poitrines.

Depuis que la première irruption du déris les avait emportés violemment, aucune voix n'avait répondu à leurs cris de détresse.