—Et vous avez prononcé le mot d'oubli?... reprit le vieillard dont les yeux se mouillèrent de larmes. Oh! il y a ici plus d'un cœur qui garde son souvenir!

René l'interrompit; l'effort qu'il faisait pour parler était visible.

—Monsieur, dit-il en s'adressant à Robert, tout le monde ici aime le chef de la maison de Penhoël... Je ne suis que le cadet... et le jour où Louis voudra revenir, je lui rendrai avec joie la place de notre père.

L'oncle Jean avait quitté sa place et faisait d'un pas chancelant le tour de la table pour se rapprocher de l'étranger. On entendait le bois de ses sabots résonner contre les dalles, et les longs cheveux blancs qui couronnaient son front vénérable tombaient sur la bure grossière de sa veste de paysan.

—Bien parlé, mon neveu!... dit-il en touchant la main de René qui détourna les yeux; Dieu vous bénira, car vous êtes un digne fils de Penhoël... Moi, je ne suis qu'un pauvre vieillard, poursuivit-il en se tournant vers le jeune M. de Blois, mais j'aimais mon neveu Louis comme on aime le plus cher de ses enfants!... Parlez, monsieur... Est-ce une bonne nouvelle que vous apportez?... ou me faut-il prendre le deuil jusqu'au dernier jour de ma vie?...

Robert entendit un soupir d'angoisse soulever la poitrine de Madame.

Penhoël l'entendit aussi, peut-être, car il se pencha en avant, puis en arrière, pour interroger le visage de Marthe. Mais le jeune M. de Blois, soit hasard, soit bonne volonté, fit deux mouvements pareils, et le maître de Penhoël ne put rien voir.

Autour de la table, on songeait au rêve de l'Ange qui avait vu l'aîné couché sur l'herbe et blême comme un mort.

Quand Robert de Blois reprit la parole, chacun retint son souffle pour écouter mieux.

—J'apporte de bonnes nouvelles, dit-il, et heureusement ma mésaventure n'y peut rien changer... Louis de Penhoël, qui est mon ami, m'a chargé d'embrasser son frère et m'a prié de lui renvoyer des détails sur toute la famille.