Avant de vaincre les hommes, il avait, disait-on, mené une existence solitaire et sauvage dans l'intérieur de l'Afrique. Il avait terrassé les grands tigres du Soudan et lutté corps à corps avec les lions de l'Atlas...
C'était un héros. Sa gloire, méritée ou non, s'enflait sans relâche. L'invention s'additionnait avec la réalité pour lui faire une bizarre et romanesque renommée.
Et comme il passait, toujours insouciant et dédaigneux, au milieu de la foule, l'invention s'échauffait jusqu'à l'enthousiasme; car la foule, semblable à une femme coquette, prodigue ses faveurs à qui ne les veut point.
Montalt était beau, jeune, noble. Il avait au plus haut degré ce prestige que donnent les aventures. C'en était assez, et pourtant ce n'était pas tout. Sa fortune atteignait, en outre, au dire des nouvellistes, des proportions inusitées, et ne consistait en rien de ce qui constitue la fortune dans nos pays européens.
Il n'avait ni terres, ni châteaux, ni actions de mines, ni créances sur le trésor. Sa richesse était excentrique comme lui-même. Ses millions tenaient dans le creux de sa main.
Il possédait une boîte dont personne n'avait vu jamais le contenu.
Cette boîte, que le roi George n'aurait peut-être pas pu acheter, était en bois de sandal, incrustée de diamants, gros et petits, disposés comme au hasard.
Il y avait déjà des places vides sur le couvercle de la boîte; car, aussitôt que l'or manquait dans sa caisse, Montalt arrachait un des diamants les plus petits, et le vendait, comme un prodigue aliène, l'une après l'autre, les terres de son héritage.
Mais on croyait qu'il en restait encore assez pour fatiguer la prodigalité la plus folle, pendant la plus longue de toutes les vies.
Aussi ne se gênait-il point. Son hôtel de Portland-Place ressemblait au palais d'un souverain des Mille et une Nuits. On disait qu'il avait cinquante chevaux sans prix dans son écurie, une armée d'esclaves, et un sérail de cinquante femmes!