Montalt la baisa au front, et au moment où la jeune femme rougissait de plaisir, il dit froidement:

—Je veux être seul, Mirze, laissez-moi.

La pauvre Mirze courba la tête et se retira, obéissante.

Seïd introduisait en ce moment le jeune matelot breton.

Celui-ci avait rejeté en arrière les mèches mouillées de sa chevelure. On découvrait maintenant son visage qui annonçait une grande jeunesse, bien qu'il fût amaigri déjà et pâli par la souffrance.

C'était une physionomie pensive et hautaine où se devinait un cœur droit, mais défiant, et comme une sauvage ignorance de la vie.

—Monsieur, lui dit Montalt après avoir éloigné son noir du geste, répondez-moi franchement ou ne répondez pas du tout... c'est par l'effet de votre volonté que vous êtes tombé à la mer?

—Oui..., répliqua le Breton qui tenait la tête haute et les yeux baissés.

Montalt le considérait avec une attention croissante et son regard arrivait à exprimer un degré d'intérêt extraordinaire. On eût dit que tout au fond de son âme engourdie de vifs souvenirs s'éveillaient.

—Vous êtes bien jeune, reprit-il, pour être fatigué déjà de la vie.