—Je suis gentilhomme.
Le sourire amical du nabab eut une légère nuance d'amertume.
—Ah!... fit-il, vous êtes gentilhomme!... Moi je ne le suis pas!... Et serait-ce le remords d'avoir commis un meurtre qui vous poussait au suicide?
Le Breton secoua la tête.
—Vous ne voulez pas vous confier à moi? reprit Montalt; c'est votre droit... le mien est de vous parler comme un père... Je n'aime ni votre race ni votre caste, jeune homme... mais votre figure est comme le miroir d'un brave cœur... vous me plaisez... A votre âge un malheur, si grand qu'il soit, ne peut être sans remède... Il faut que vous me promettiez de vivre.
Le Breton releva sur Montalt son regard où il y avait encore un peu de défiance farouche et beaucoup de gratitude.
—Depuis que j'ai quitté mon pauvre vieux père, murmura-t-il, je n'ai trouvé partout qu'indifférence et dureté... Merci, milord... je me souviendrai de vous et je prierai pour vous... Quant à la promesse que vous me demandez, je me la suis déjà faite à moi-même... Se tuer est, dit-on, l'acte d'un lâche et d'un impie... je suis chrétien et j'ai du cœur!
Montalt avança involontairement sa main que le jeune matelot toucha avec respect.
Il y eut un silence. L'émotion qui était sur le visage du nabab s'effaçait peu à peu pour faire place à cette nonchalante froideur de l'homme qui ne croit plus et qui n'espère plus.
—J'avais vingt ans aussi..., murmura-t-il enfin sans savoir que ses paroles étaient entendues; je souffrais tant! je pensai à mourir... Mais, moi aussi, j'étais chrétien et brave!...