—Et ça vous surprend qu'il ait choisi un domestique?... commença Robert.

—Oh! oh!... dit le père Géraud, je n'ai pas voulu offenser M. Blaise.

—J'entends bien... mais tel que vous le voyez, Blaise n'est pas tout à fait un domestique ordinaire... Il a été élevé dans ma famille, et c'est presque mon ami.

Le père Géraud salua Blaise.

—Comme ça ou autrement, dit-il, je n'ai pas besoin de vous faire de grandes phrases... Puisque vous venez de la part de mon vieux Gautier, le père Géraud et sa case sont à votre disposition... Une poignée de mains s'il n'y a pas d'offense?

Robert s'empressa de tendre sa main que le bonhomme serra en conscience.

—Et venez-vous comme ça pour passer du temps par chez nous? reprit-il.

—Je viens de Paris, comme je vous l'ai dit, répliqua Robert; et même de beaucoup plus loin... Le but de mon voyage est de visiter un gentilhomme de vos environs que je ne connais pas du tout personnellement, et au sujet duquel je serais bien aise de prendre langue à l'avance.

Cette phrase, malgré sa simplicité apparente, était de celles qui sonnent toujours mal aux oreilles bretonnes. En ce temps-là, comme avant et depuis, il y avait force dissidences politiques dans la province; or, partout où la guerre civile a passé, le questionneur curieux prend volontiers physionomie d'espion.

Le petit œil gris du père Géraud se baissa, tandis qu'il murmurait son prudent: