—Et cependant, reprit Robert, il y a longtemps déjà qu'il est parti!...
—Voilà bientôt quinze ans... Mais qu'importent les années quand on a laissé un bon souvenir au fond de tous les cœurs?
Robert croisa ses mains sur ses genoux et hocha la tête d'un air attendri.
—Pauvre cher Penhoël!... murmura-t-il.
Le bonhomme Géraud, qui s'était incliné tout pensif, se redressa vivement et jeta sur Robert un regard étonné.
Sa surprise n'était pas plus grande que celle de Blaise, qui suivait cette scène avec la curiosité d'un amateur de spectacle, savourant les péripéties imprévues d'une première représentation.
Il connaissait le but de Robert, et, depuis l'arrivée de l'aubergiste, il devinait peu à peu la route que son compagnon voulait prendre; mais comme il eût été incapable lui-même de suivre sans broncher cette voie difficile et périlleuse, chaque pas fait en avant lui était un sujet d'admiration.
Robert grandissait à ses yeux et prenait pour lui, depuis quelques minutes, des proportions héroïques.
Il attendait, dissimulant de son mieux sa surprise et gardant l'air indifférent qui convenait à son rôle.
—Ce sont de bonnes paroles que vous venez de prononcer, M. Géraud, poursuivait cependant Robert; je ne peux pas vous dire combien elles m'ont réjoui l'âme!... Ah! si le pauvre Penhoël était seulement là pour les entendre!...