Le garçon, qui se nommait Roger de Launoy, était de l'âge de Vincent à peu près: un joli cavalier au visage étourdi, à la tournure leste et dégagée, un vrai page, pris à la veille du jour fatal où l'amour rend les pages langoureux.

Ses deux compagnes, qui pouvaient avoir quatorze ou quinze ans, étaient bien les deux créatures les plus mignonnes que l'imagination d'un peintre puisse rêver.

Elles étaient habillées toutes deux en paysannes, suivant la volonté de l'oncle Jean, leur père; mais il y avait dans leurs costumes une si délicieuse coquetterie, que plus d'une belle dame eût porté envie à leur toilette. Leurs longs cheveux d'une nuance pareille, tenant le milieu entre le châtain sombre et le brun, s'échappaient en boucles abondantes des bords étroitement serrés de leurs bonnets collants. A chaque mouvement qu'elles faisaient, on voyait ces riches chevelures ondoyer et se jouer autour de leur cou blanc, où tranchait une petite ganse noire, supportant une croix d'or. Leurs tailles, souples et fines, étaient emprisonnées dans des corsages de laine brune, autour desquels s'attachaient de courtes jupes rayées. Il ne leur manquait ni le tablier bleu ni les souliers à boucles d'étain de la paysanne.

Elles étaient grandes toutes les deux, et de taille à peu près égale. Là s'arrêtait la parité.

Vous avez vu souvent deux jeunes filles, dont les traits diffèrent essentiellement et que rapprochent néanmoins de mystérieux rapports; elles ont, comme on dit, un air de famille; elles ressemblent toutes deux à leur mère commune, et ne se ressemblent point entre elles.

Ainsi étaient Diane et Cyprienne de Penhoël. Seulement le terme commun auquel on eût pu comparer leurs gracieux visages manquait; leur mère était morte depuis bien des années, et rien en elles ne rappelait la grave et douce physionomie de l'oncle Jean, leur père.

Ceux qui se souvenaient du frère aîné de Monsieur, absent du pays depuis quinze ans, prétendaient que leurs sourires rappelaient son sourire; mais la mémoire de Louis de Penhoël était adorée dans le pays, et quand on songe aux absents aimés, on se fait, comme cela, bien souvent des idées.

Cyprienne et Diane étaient venues au monde alors que Louis de Penhoël avait quitté déjà le manoir de ses pères.

Cyprienne avait de grands yeux noirs, des traits d'une finesse extrême dont l'ensemble indiquait une gaieté mutine. Les yeux de Diane étaient d'un bleu obscur. Il y avait sur son jeune visage quelque chose de pensif et à la fois d'intrépide. Quand sa physionomie, plus sérieuse que celle de sa sœur, s'éclairait tout à coup par le sourire, c'était comme le ciel ouvert...

On ne voyait jamais l'une des sœurs sans que l'autre fût bien près. L'amour des bonnes gens de la contrée ne les séparait point, et il semblait à tous que la rencontre des deux jeunes filles présageait du bonheur. Leurs caractères différaient et se ressemblaient comme leurs visages, mais elles n'avaient, à deux, qu'un seul cœur.