—Qui donc?... demandèrent en même temps Robert et Pontalès.

Les deux jeunes filles étaient tout oreilles; aucune parole ne leur échappait désormais.

—Ils parlent à mots couverts, répondit Blaise dont la voix baissa involontairement, on voit qu'ils font allusion à une nouvelle toute récente et incertaine encore... Mais j'ai deviné leur espérance et j'ai peur que l'absent ne soit de retour.

Pontalès et Robert tressaillirent comme si leur corps eût éprouvé un choc matériel.

Derrière le feuillage, Cyprienne et Diane cherchaient à modérer les battements de leurs cœurs. C'étaient elles qui avaient répandu dans le pays, au hasard et comme suprême ressource, la fausse nouvelle du retour de Louis de Penhoël. Et pourtant, cette nouvelle, répétée par des bouches ennemies, faisait naître en elles une vague espérance.

L'émotion qu'elles ressentaient au nom de l'aîné de Penhoël leur faisait presque oublier qu'elles-mêmes avaient inventé le mensonge de son retour.

—S'il allait revenir!... Voilà déjà deux fois que j'entends parler de cela!... murmura Pontalès.

—D'après ce qu'on dit de l'homme, ajouta Robert, il ne s'agirait plus de plaisanter... Ce serait une autre histoire que les petites filles ou que le vieux gargotier de Redon, ameutant contre nous cinq ou six douzaines de balourds!... Vous l'avez connu, vous, M. le marquis?

—Je l'ai connu, répliqua Pontalès. C'était alors un enfant... S'il n'a pas changé, que Dieu nous garde de le rencontrer jamais face à face!...

—Bah!... s'écria Blaise, est-il donc assez fort pour nous faire peur avec son ombre?... Vous voilà tout déconcertés d'avance!... C'est peut-être un faux bruit... Si l'homme en question était de retour, et qu'il fût aussi terrible que vous le dites, nous aurait-il laissés poursuivre paisiblement notre besogne?... Allons, messieurs, j'ai mes petits intérêts dans l'affaire... Ma voix compte au chapitre, bien que je sois votre humble valet... Vous avez trop tardé; il faut réparer d'un seul coup le temps perdu!