Bibandier s'était emparé de la perche du passeur. Au lieu de se diriger vers la route de Redon, qui lui faisait face, il remonta un peu le courant, pour gagner un rideau de saules qui baignaient leurs basses branches dans la rivière.
A l'aide de sa perche, il écarta le grêle feuillage et finit par rencontrer, après deux ou trois tentatives inutiles, un objet qui sonna contre le bois de sa gaffe.
—Qu'est-ce que je disais? s'écria-t-il joyeusement; perchez un peu, s'il vous plaît, M. Blaise, pendant que je vais voir là-dessous.
Il abandonna la gaffe en effet, et gagna le bout du chaland qui passait sous les saules. On entendit un léger bruit, puis on vit un petit bateau qui s'en allait à la dérive le long du bord, du côté du marais.
Bibandier, qui reparut au même instant, regarda fuir la barque et dit avec un gros rire bonasse:
—Quand les petits chérubins voudront repasser l'eau... c'est elles qui seront bien attrapées!
Chacun pensa sur le chaland que Bibandier valait son pesant d'or...
Il y avait dix minutes environ que Diane et Cyprienne avaient traversé l'Oust, au moyen du batelet trouvé par Bibandier sous les saules.
En quittant leur cachette, au pied de la Tour-du-Cadet, elles se doutaient bien que le bruit de la robe déchirée avait trahi leur présence et qu'on allait les poursuivre: mais elles avaient de l'avance, parce que Pontalès et ses compagnons ne pouvaient parvenir à l'autre rive qu'à l'aide du bac, dont la clef était au manoir. En outre, le sentier qu'elles suivaient les conduisait en quelque sorte d'un saut jusqu'au bord de l'eau, tandis que la route commune nécessitait un long détour.