Ce n'était pas la première fois que les deux filles de l'oncle Jean couraient un danger prochain et terrible; mais en ces moments leurs forces semblaient grandir avec le péril. Cyprienne semblait lutter avec un enthousiasme fougueux qu'exaltait la pensée du martyre; Diane demeurait plus calme et se dévouait de sang-froid.

Elles avaient entendu l'entretien des ennemis de Penhoël. Elles savaient que leur sexe et leur jeunesse ne les défendraient point contre la colère de ces hommes. Elles n'espéraient point de quartier.

Mais loin de s'arrêter devant la menace entendue, elles y puisaient un nouveau courage. Dans leur vaillance virile, un sentiment d'orgueil enfantin s'élevait. On les craignait! On prenait, pour les combattre, les mêmes armes qu'on eût employées contre des hommes! Elles étaient fières.

N'avaient-elles pas entendu tomber de ces bouches ennemies l'aveu de leur puissance? Sans elles, pauvres jeunes filles, Penhoël aurait succombé depuis longtemps!...

Leur cœur battait de joie et non point de frayeur, car la lutte n'avait pas été stérile. Grâce à l'effort de leurs bras d'enfants, René, Madame et l'Ange restaient en équilibre au bord du précipice.

La ruine qui menaçait toujours n'était pas encore accomplie; et, d'après ce qu'elles venaient d'entendre, il ne restait à Pontalès et à Robert qu'une seule arme contre la résistance tardive de Penhoël.

Mais c'était une arme cruelle, qui suspendait sur la tête de René l'infamie en même temps que le malheur. Des faux! il y avait des faux!... C'était sans doute le résultat de quelque obsession perfide; mais les pièces existaient, et ce n'était plus seulement la misère qui menaçait Penhoël!

Il y avait longtemps déjà que Cyprienne et Diane avaient surpris le secret de ces fausses signatures, arrachées à l'ivresse quotidienne de René. Elles en avaient reconquis et détruit une partie, en s'introduisant, la nuit, au château de Pontalès. L'autre portion, déposée chez l'homme de loi, avait défié jusqu'alors toutes leurs tentatives.

Mais elles savaient maintenant l'endroit précis où se trouvaient les papiers. Avec l'aide de Dieu, si on leur donnait le temps d'agir, elles pouvaient encore sauver Penhoël.

Diane détacha d'une main ferme l'amarre du bateau, caché parmi les glaïeuls, sous la loge de Benoît Haligan, et Cyprienne saisit la perche.