L'Oust n'était pas débordée, mais elle coulait à pleines rives et laissait couvertes les parties basses du marais. Tout en perchant, les deux jeunes filles entendaient, parmi le silence de la nuit, le bruit sourd et continu, produit par le tournant de Trémeulé. Dans l'ombre, les vapeurs qui se suspendent au-dessus du gouffre rayonnaient une lueur faible et pâle. Elles voyaient au loin le gigantesque fantôme de la Femme-Blanche qui se balançait et planait sur les eaux tranquilles du marais.
Derrière elles, au-dessus des taillis de châtaigniers, les jardins de Penhoël gardaient leur illumination brillante; la fête n'était pas finie; quelques accords, jetés par l'orchestre campagnard, arrivaient, par bouffées, jusqu'à leurs oreilles.
Quand elles touchèrent le bord opposé, nul mouvement ne se faisait remarquer encore du côté du bac, qui allait s'ébranler bientôt pour les poursuivre.
Elles sautèrent lestement sur la rive, et au lieu de prendre la route de Redon, qui les eût conduites à la maison de maître le Hivain, elles se dirigèrent, en courant, vers le marais.
Dans l'immense prairie, où se déroulaient de toutes parts d'étroits filets d'eau, on apercevait un mouvement confus au milieu des ténèbres: c'étaient les troupeaux de Glénac et de Saint-Vincent qui erraient en liberté sur le pâturage commun.
Tout en courant sur l'herbe courte et unie comme un tapis, Cyprienne et Diane appelaient doucement:
—Mignon!... Bijou!...
Leurs voix se perdaient dans la nuit. Quelques moutons effrayés prenaient la fuite sur leur passage, et les oies, éveillées, allongeaient le cou pour jeter leurs cris plaintifs et discordants.
Les deux jeunes filles appelaient toujours...
Au bout de deux ou trois minutes, un piétinement sourd se fit entendre au loin sur le gazon. L'instant d'après Bijou et Mignon, deux jolis petits chevaux demi-sauvages, arrêtaient leur galop et restaient immobiles, la fumée aux naseaux et les jarrets tendus.