Cyprienne et Diane avaient leurs yeux pleins de larmes. Elles écoutaient, navrées, n'osant ni se retirer, ni arracher Madame à sa rêverie douloureuse.
Elles s'étaient mises à genoux, et ce fut seulement lorsque Madame se découvrit le visage qu'elles annoncèrent leur présence en mettant leurs lèvres sur ses mains pâles et froides.
Le premier mouvement de Marthe de Penhoël fut tout entier à l'effroi.
Elle tressaillit, et poussa un cri étouffé.
—Y a-t-il longtemps que vous êtes ici?... murmura-t-elle; ai-je parlé?...
Les deux filles de l'oncle Jean serraient ses mains contre leur cœur.
—Dieu nous garde de surprendre vos secrets, madame! répondit Diane d'une voix douce et triste; nous avons entendu seulement que vous disiez: «Je suis seule... je n'ai personne pour me défendre et pour m'aimer!...» Mon Dieu, mon Dieu! vous ne pensez jamais que nous sommes là! nous, qui vous aimons tant!... nous, qui voudrions donner notre vie pour vous!...
VI
UN COIN DU VOILE.
Diane et Cyprienne fixaient sur Madame leurs yeux humides. Leur âme tout entière était dans ce regard.
Il y avait, au contraire, sur le visage de Marthe de Penhoël, de l'hésitation et de la contrainte. Et quiconque aurait assisté à cette scène, sans connaître le fond du cœur de Marthe, se fût demandé assurément pourquoi tant de froideur obstinée chez cette femme si généreuse et si bonne, vis-à-vis de deux pauvres enfants qui semblaient implorer chaque jour, à genoux, un peu de sa tendresse.