—Nous vous voyons si souvent pleurer!... interrompit Diane.

Madame retira sa main.

—Vous êtes curieuses, mes filles, dit-elle avec sécheresse, et je trouve que vous voyez trop de choses!

Cyprienne rougit, blessée. Le front de Diane devint pâle.

—Il faut nous pardonner, dit-elle d'un ton soumis; quand vous êtes triste, il nous semble que votre souffrance est à nous... Ah! que n'êtes-vous heureuse, madame! nous vous laisserions tout votre bonheur!...

L'émotion commença à percer sous la froideur de Marthe; son regard glissa, malgré elle, entre ses paupières demi-closes, et partagea entre les deux jeunes filles une œillade furtive.

Diane et Cyprienne n'osaient point relever les yeux. Le joli front de Cyprienne se teignait encore de ce rouge vif qui monte du cœur froissé au visage. La figure de Diane n'exprimait que respect et douceur. Mais quelle que fût la différence de leurs impressions présentes, le dévouement égal et profond qui était au fond de leur âme se lisait à travers la rancune enfantine de Cyprienne comme sur la belle patience de Diane.

Cyprienne n'avait point parlé encore; Diane, qui devinait sur sa lèvre mutine un mot de reproche prêt à s'élancer, l'arrêta du geste et reprit:

—Si nous nous trompons, madame, et Dieu le veuille, je vous en prie, ne soyez pas fâchée contre nous!...

Tandis qu'elles avaient les yeux baissés, Marthe de Penhoël se pencha au-dessus d'elles et les baisa toutes deux. Elles tressaillirent; Cyprienne ne put retenir un petit cri de joie.