Dans tout ce que nous venons de dire, nous avons toujours parlé d'elles collectivement; cependant, il y avait entre elles de grandes différences. Elles se ressemblaient bien cœur pour cœur; mais leur visage et leur esprit n'étaient point pareils.

Diane était plus grande que sa sœur, plus sérieuse et peut-être plus belle. Ses beaux cheveux, d'un châtain foncé, se bouclaient autour d'un front fier et pensif, qui prenait un rayonnement de grâce irrésistible au moindre sourire. Ses grands yeux bruns, que la gaieté faisait si doux, rêvaient souvent et perdaient dans le vide leur regard voilé. Il y avait dans ses traits, parmi les indices d'une simplicité presque enfantine, une intelligence vive et forte, et surtout une volonté virile.

Cyprienne réfléchissait moins, et riait davantage. Elle avait de ces yeux, d'un bleu obscur, qui petillent et réjouissent la vue. Sa physionomie exprimait la gaieté jointe à une pétulance fougueuse.

Quand on les voyait séparées, l'œil saisissait entre elles une ressemblance très-frappante; quand elles se trouvaient l'une près de l'autre, cette ressemblance disparaissait, et l'on s'étonnait de chercher en vain ce qu'on avait cru voir. C'est qu'elles étaient, en quelque sorte, et nous l'avons dit déjà, séparées par un type commun duquel se rapprochait, par des côtés divers, l'un et l'autre de leurs jolis visages. Et l'on ne pouvait les comparer à ce type qui n'existait plus...

Agenouillées, comme elles l'étaient en ce moment, aux deux côtés du fauteuil de Madame, l'esprit aurait cherché naturellement dans les beaux traits de Marthe de Penhoël ce lien mystérieux dont nous parlons; mais Marthe ne ressemblait à aucune des deux sœurs: elle n'était Penhoël que par alliance.

Diane et Cyprienne tenaient toujours ses mains pressées contre leur poitrine. Madame gardait le silence; ses yeux restaient baissés; sa froide contrainte ne l'abandonnait point.

—Nous serions si heureuses de nous dévouer pour vous! reprit Diane.

—Mourir!... vous dévouer!... murmura Marthe de Penhoël; ce sont des idées étranges que vous avez là, mes filles!...

Elle ajouta en essayant de donner à sa voix un accent de plaisanterie:

—On dirait que vous vous croyez dans quelqu'un de ces vieux châteaux où les félons chevaliers de vos romans enchaînent et torturent de pauvres victimes...