Cette issue donnait sur le seul chemin praticable aux voitures, et pouvant conduire du Port-Corbeau à Penhoël. Il descendait la montée en zigzag, pour éluder la pente, et coupait en dix endroits différents le taillis de châtaigniers.
Diane et Cyprienne suivirent le chemin qui longeait d'abord, pendant une centaine de pas, cette robuste et gothique muraille, aboutissant d'un côté à la Tour-du-Cadet, et, de l'autre, servant de terrasse aux jardins de Penhoël.
Elles marchaient lentement, perdues qu'elles étaient dans leurs réflexions. Aucune d'elles n'avait rompu encore le silence.
Elles songeaient à ce qui venait de se passer dans la chambre de l'Ange. Bien des fois déjà, elles avaient surpris la douleur de Marthe de Penhoël; mais qu'il y avait loin de ce qu'elles avaient vu jusqu'alors à ce qu'elles venaient d'entendre et de voir! Qu'il y avait loin des larmes de Madame, silencieuses et résignées, à ce transport subit, à ces paroles fiévreuses, à ce délire!
Et ces paroles entendues, que signifiaient-elles?...
Qu'y avait-il au fond de ce mystérieux désespoir, dont l'objet apparent n'était plus ni le danger de Blanche, ni la ruine prochaine de Penhoël?...
Un instant, elles avaient pu croire que cette angoisse fougueuse se rapportait à elles, Diane et Cyprienne. N'était-ce pas en les pressant contre son cœur avec ivresse que Marthe avait prononcé ces bizarres paroles?
Les pauvres enfants, qui mendiaient chaque jour à genoux quelque distraite caresse, avaient pu se croire un instant adorées à l'égal de Blanche elle-même!
Mais ce n'avait été qu'un instant. Après cet ardent baiser qui les avait réunies sur le sein palpitant de Marthe, quel froid sourire et quels mots glacés! Bien qu'elles fussent habituées à l'indifférence, il leur semblait qu'on les avait congédiées, cette fois, avec plus de dédain encore qu'à l'ordinaire.
Que croire? Cyprienne avait beau mettre son esprit à la torture, elle cherchait en vain. Diane elle-même perdait l'effort de son esprit clairvoyant et subtil à vouloir soulever le voile.