—As-tu entendu?... murmura-t-elle.

—J'ai entendu, répondit Cyprienne; ma pauvre sœur!...

Elle voulut lui prendre la main; Diane se jeta dans ses bras en pleurant.

—Demain..., disait-elle parmi ses larmes, dans quelques heures, je l'aurai vu pour la dernière fois!... Oh! sait-on comme on aime?... Hier j'aurais cru pouvoir sourire en parlant de son départ!...

—Si tu lui disais de rester..., murmura Cyprienne, il resterait.

Diane garda le silence. Un instant, les deux sœurs se tinrent encore embrassées; puis Diane se redressa tout à coup. Elle essuya ses yeux où restaient quelques pleurs.

—Non, non! dit-elle; je ne lui demanderai pas de rester!... Autour de nous il n'y a que malheur... Ce malheur est à nous, qui sommes les filles de Penhoël; pourquoi le faire partager à ceux que nous aimons?... Qu'il parte, dût-il m'oublier!... Si Dieu exauce mes prières, il sera bien heureux...

Tandis qu'elle parlait, sa belle tête intelligente et pensive s'inclinait sur sa poitrine. Il y avait dans sa voix un accent de tristesse profonde. Elle sentait aujourd'hui, pour la première fois peut-être, qu'à son insu son cœur s'était donné tout entier.

Cyprienne faisait un retour sur elle-même, et songeait en frémissant que Roger pourrait partir aussi à son tour.

Elle cherchait en vain quelque bonne parole d'espérance et de consolation. Ce fut Diane qui rompit le silence. Sa voix était changée. Une fermeté grave remplaçait la mélancolie de tout à l'heure.