Penhoël ne pouvait soupçonner ces mains loyales, toujours à découvert, et qui battaient les cartes avec une nonchalante aisance.
D'ailleurs, Dieu sait que le jeune M. de Blois ne se montrait guère empressé de jouer. Ce n'était jamais lui qui entamait la partie, et il fallait chaque jour que Penhoël priât, mais priât sérieusement, pour que le jeune M. de Blois voulût bien consentir à lui gagner ses doubles louis.
Ce gain constant le fatiguait au lieu de lui être agréable, tant il avait de généreux désintéressement. Chaque fois qu'il était contraint par le sort à empocher l'argent du maître, il ne pouvait retenir les marques de sa mauvaise humeur.
Penhoël, lui, s'obstinait avec l'entêtement sombre du joueur dépouillé. Depuis trois ans il avait perdu des sommes énormes. Il voulait les regagner. Sur ce tapis avaient passé tour à tour les fermes, les moulins, les forêts qui composaient l'héritage de son père. Il prétendait rompre la veine funeste et reconquérir tout cela.
Chaque jour son espoir se brisait contre l'arrêt inflexible du sort, mais rien ne tue l'espoir tenace du joueur.
Penhoël revenait le lendemain s'asseoir à la même place que la veille. Sa main avide et tremblante interrogeait avidement l'oracle toujours contraire. Il perdait. Durant quelques heures, il restait là le feu dans la poitrine et la sueur au front, jusqu'à ce que Robert, ému de compassion, le tendre et bon jeune homme, lui refusât une dernière revanche!
Robert venait de gagner une partie et Penhoël cherchait au fond de sa poche, tout à l'heure pleine, les quelques pièces d'or qui lui restaient.
—Je donnerais vingt louis pour vous voir gagner cette partie, dit le jeune M. Robert, un bonheur comme le mien ne se conçoit pas et finit par être fatigant!...
Penhoël tendit son verre, que Lola s'empressa de remplir.
—On dit qu'on ne peut pas être heureux à la fois au jeu et en amour..., murmura le fils de Pontalès en fixant sur le maître un regard où il y avait de la moquerie.