Les gens qui regardent de très-près, et prétendent voir mieux que le vulgaire, auraient peut-être découvert, sous son avenant sourire, un petit fonds de sécheresse et de moquerie. Mais c'était peu de chose, et d'ailleurs quelque légère nuance de scepticisme voltairien s'allie merveilleusement, comme on sait, à la riante bienveillance de ces vieux gentilshommes.

Ce qui dominait dans la physionomie du marquis, c'étaient la finesse et la bonté. Ce devait être un homme souverainement adroit, et sa bonhomie devait empêcher son adresse d'être dangereuse.

Ses ennemis, et il en avait bien peu d'avoués à cause de ses soixante mille livres de rente, prétendaient qu'il était plus fin encore qu'il n'en avait l'air, mais que sa bonhomie ne valait pas le diable.

C'étaient des jaloux peut-être. En tout cas, dans ce pays patriarcal, où l'estime publique est en raison directe de la somme portée au bordereau du percepteur, la médisance n'avait pas beau jeu contre M. le marquis de Pontalès.

La société le reconnaissait pour roi. Il possédait l'estime éclairée du chevalier adjoint et de la chevalière adjointe de Kerbichel; il avait l'admiration des trois vicomtes, épris de madame veuve Claire Lebinihic; les trois Grâces Baboin-des-Roseaux-de-l'Étang auraient volontiers employé le reste de leur jeunesse à chanter ses louanges à l'univers avec accompagnement de guitare.

Ce qui, du reste, aurait milité sérieusement en sa faveur auprès de tout homme non prévenu, c'était l'empressement mis par lui à terminer cette longue haine qui avait séparé jadis le manoir et le château. Pontalès s'était prêté vraiment de bien bonne grâce à cette réconciliation; l'entremise du jeune M. Robert de Blois s'était bornée à une simple démarche après laquelle M. le marquis, quoique le plus âgé, le plus riche et le plus haut titré, avait fait immédiatement les premiers pas.

Depuis le rapprochement, Penhoël, au su de tout le monde, avait profité plus d'une fois de sa bonne volonté. Cet excellent marquis montrait une obligeance inépuisable. Pour n'en donner qu'un exemple et fournir d'un seul coup la preuve de sa bienveillante délicatesse, nous dirons qu'il avait été jusqu'à renoncer au titre de maire de Glénac pour donner à la vanité de Penhoël cette satisfaction enviée.

Il y avait bien une heure que la partie engagée durait. Les enjeux étaient lourds, et l'on jouait argent sur table. Penhoël perdait.

Entouré comme il l'était, d'un côté par Macrocéphale qui avait tout juste la probité d'un homme de loi campagnard, de l'autre par une femme ayant droit au titre d'aventurière, son malheur constant aurait pu n'être point naturel. Lola était admirablement placée pour faire des signes, et la longue figure de maître Protais le Hivain pouvait dire bien des choses.

Mais le jeune M. Robert de Blois n'en était pas à user de ces fraudes élémentaires. C'était un gentilhomme! S'il trompait, il y mettait du moins une grâce charmante et une habileté de premier ordre.