—A moins de choisir le beau milieu de la lande de Renac ou le centre des marais, je ne connais pas de meilleur endroit pour causer tranquillement d'affaires... La muraille est haute; d'un autre côté le taillis s'éloigne tout exprès pour nous enlever la chance d'être écoutés... Derrière nous, la route est découverte.

—Mais devant nous?... fit Pontalès en montrant du doigt le massif de châtaigniers.

Macrocéphale se prit à sourire.

—C'est différent! répliqua-t-il avec l'intention évidente de faire une bonne plaisanterie; derrière ces arbres-là, il pourrait bien se trouver quelque revenant aux écoutes.

—Que voulez-vous dire?

—Je demande pardon à M. le marquis de parler avec cette légèreté en sa présence... Le fait est qu'il y a là un espace de quelques pieds carrés où le plus vaillant gars des bourgs voisins n'oserait pas pénétrer après la nuit tombée, parce que le vieux commandant de Penhoël y revient...

—C'est égal... dit Pontalès: excès de prudence ne nuit jamais... et je voudrais voir...

—Ça peut se faire.

Macrocéphale, toujours complaisant, écarta de la main les branches de châtaigniers qui bouchaient l'entrée du massif et se fraya un passage.

—Veuillez vous donner la peine d'entrer, M. le marquis, dit-il, puisque vous n'avez pas peur des revenants.