Penhoël ne prenait point garde et poursuivait:
«Mon cher frère,
«Quand cette lettre vous parviendra, notre Marthe sera déjà sans doute depuis longtemps votre femme. Vous serez heureux, mais vous penserez toujours, je le crois, à celui qui souffre loin de vous.
«Vous êtes l'homme que j'aime le plus au monde, René; je ne sais pas si j'aurais fait à notre vénéré père le sacrifice que j'ai accompli pour vous... Notre père nous quittait souvent, tandis que vous, René, je vous voyais tous les jours... Quand nous étions enfants, nos deux petits lits se touchaient; quand nous avons été jeunes gens, peines et plaisirs, nous avons tout partagé.
«Répondez-moi bien vite, mon frère, car le découragement me gagne, loin de ceux que j'aime; il me semble qu'on m'oublie et que je suis seul au monde.
«Donnez-moi des nouvelles de notre père et de notre mère; dites-moi que Marthe est bien heureuse...»
C'était un dur travail pour la vue troublée de Penhoël que de déchiffrer cette écriture fine et incertaine.
En traçant ces lignes, la main de Louis avait tremblé bien souvent.
Marthe écoutait, immobile et retenant son souffle. L'expression de sa physionomie avait changé complétement. Il semblait qu'un rêve fût venu la bercer. L'angoisse qui contractait ses traits tout à l'heure faisait place à une tristesse douce.
Penhoël était trop occupé pour remarquer cela. Il continuait: