Les idées de Montalt se portaient peut-être vers le même sujet, car depuis quelques minutes il gardait le silence, contemplant tour à tour les deux jeunes gens avec une expression de mélancolie.

—A quoi pensez-vous, milord?... dit enfin Roger.

—Je pense, répliqua Montalt, que voilà deux beaux garçons, loyaux, intelligents, braves tous deux, je voudrais en faire la gageure!... ayant enfin tout ce qu'il faut pour faire leur chemin dans le monde... et que ces deux enfants-là se sont attachés, de gaieté de cœur, une pierre au cou...

—Comment donc?... voulut dire Roger.

—Ne vois-tu pas, s'écria Étienne, que milord remonte sur son dada... Il veut parler de nos amours!

—C'est vrai, mon cher ami... et je donnerais beaucoup pour avoir tort... Vous, Étienne, vous avez du talent, j'en suis sûr.

—Vous êtes bien bon...

—Laissez!... Vous, Roger, vous êtes un spirituel enfant, et votre caractère aimable vous ouvrirait toutes les portes... Vous m'avez confié que vous étiez pauvres tous les deux... Écoutez-moi, je ne raille plus... Vous allez commencer une lutte dont l'issue sera votre bonheur ou votre malheur... Quand on marche au combat, dites-moi, est-ce l'instant de se lier bras et jambes?

—C'est le moment de prendre un drapeau, interrompit Étienne vivement; quelque chose qui vous guide dans la bonne chance et qui vous soutienne dans la mauvaise... Nous ne sommes pas des philosophes, nous, milord!... Nous sommes cousus de préjugés, vous savez bien!... Faire fortune ne serait pas un but pour nous, si nous n'avions pas à partager avec quelqu'un de cher le bonheur conquis par nos efforts...

Roger serra la main d'Étienne comme pour dire: «Il a parlé pour nous deux.»