—C'est bien là le diable!... soupira Montalt; ce sont toujours les cœurs généreux qui tombent dans ce travers!... Ah! si j'avais à convertir certains jeunes messieurs sachant compter et ne sachant que compter, ma besogne serait bientôt faite... Mais, répondez, avez-vous confiance en moi?
—Certainement.
—Eh bien! je vous affirme du fond de ma conscience que l'amour, comme vous l'entendez, est un obstacle qui arrête tout élan, un fardeau qui accable toute vigueur, un poison qui énerve et qui tue...
—Mais je sens le contraire en moi!... s'écria Étienne qui mit la main sur son cœur; l'amour, comme je l'entends, est un aiguillon pour le courage, un cordial pour l'âme qui faiblit, un appui pour la volonté qui cède...
—Enfants!... enfants!... murmura Montalt d'un ton sérieux, je parlais de la pierre qu'un malheureux se met au cou pour se noyer... De toutes les pierres, la plus lourde, la plus tenace, la plus mortelle, croyez-moi, c'est une femme aimée...
Étienne savait désormais le moyen de clore ces discussions sans issue.
—Vous parlez en homme qui a fait de cruelles expériences..., répliqua-t-il.
Le nabab sauta comme s'il eût trouvé la pointe d'un poignard sous le coussin de la diligence.
—Nous avons donc un petit peu de mauvaise foi malgré notre vertu, mon jeune camarade?... dit-il avec impatience. Faut-il vous répéter encore que je n'ai jamais aimé?... S'il en fallait une preuve, j'ai fait fortune, moi!... mais j'ai vu de si terribles exemples! j'ai vu des cœurs si robustes anéantis et broyés!...
Il passa la main sur son front. On eût dit qu'il allait parler encore, mais sa tête se pencha sur sa poitrine, et il garda le silence.